"Choisir de manière pertinente sa plaquette de
frein vaut mieux que remplacer totalement son frein".
Tel est le postulat de départ à l’origine de ce dossier. Après un essai
comparatif entre deux vélos, pourtant pourvus des mêmes freins et
disques Formula, il était frappant de constater à quel point les
freinages étaient différents. Et pour cause, les deux bikes n’étaient
pas équipés des mêmes plaquettes, rodées de manières différentes... Mais
alors, pourrait-on révolutionner son freinage en apportant un soin
particulier à ses plaquettes ?
Faites vos jeux
Si l’on peut influer sur le
freinage via ses plaquettes, il ne faut tout de même pas espérer
renverser des montagnes : le mécanisme du frein (course du levier, ratio
hydraulique, etc) représente 50 à 60 % du fonctionnement, une part non
modifiable. Restent donc tout de même 40 à 50 % sur lesquels on peut
avoir prise ! Entre les garnitures « métalliques » ou « organiques »,
lesquelles correspondent le mieux à ses préférences et ses contraintes
de pratique ?
A chacun son tour !
En connaissant « ces rapports d’influence », libre à toi de choisir
tes futures plaquettes. Que valent les plaquettes génériques face à
celles d’origine ? Les lauréates d’une notation entre 15 et 20 font le
poids face à des produits spécifiquement développés avec le frein. Des
résultats obtenus en tenant compte des phénomènes de « Fading &
Recover ». Sans chercher à devenir un expert en tribologie, le protocole
suivi fait la part belle aux analyses sensorielles. Des 15 pages qu’il
occupe, on t’en livre les 11 points clés à la fin de ce dossier, au cas
où il te viendrait l’envie de nous imiter. Désormais, il n’y a plus de
raison d’être surpris du comportement de ses freins, si ce n’est être
bluffé par l’amélioration que tu pourras leur apporter !
Différences entre Organiques et métalliques ?
Les deux types de plaquettes partagent un support métallique
identique, parfois cuivré. La différence se fait sur la constitution de
leurs garnitures. Les organiques sont formées à partir de résines qui
servent de liant à un faible taux de métaux. Les métalliques (aussi
appelées sintérisées, sintered ou frittées) sont composées d’un agrégat
de particules de métaux (cuivre, bronze, fer, céramique, graphite...)
fortement compactées. À l’œil, ces deux textures sont reconnaissables,
mais c’est à l’usage que l’on sent les réelles différences. Une fois
rodées, les organiques offrent toutes leurs performances dès le premier
freinage. Les métalliques demandent une montée en température de 2 à 3
freinages avant de délivrer leur pleine puissance. Hormis les toutes
meilleures, les plaquettes organiques ont une température de fading
(voir encadré) plus faible que les métalliques, mais vivent un peu mieux
le fait de dépasser leur plage de fonctionnement. Les métalliques
conservent leurs caractéristiques à des températures supérieures mais
vivent mal, pour certaines, que l’on dépasse leur température de fading.
Hormis les meilleures, elles perdent irrémédiablement de leurs
capacités.
Le comportement d’un frein
Par principe pour le pilote, freiner revient à appliquer un effort
sur le levier. Le frein, par mécanisme puis par système hydraulique,
multiplie cet effort pour que les plaquettes « pressent » suffisamment
sur le disque. Un frein peut ainsi multiplier jusqu’à 50 fois l’effort
du pilote. Il ne le fait cependant pas de manière constante sur la
course du levier. Certains freins démultiplient plus au début, puis se
stabilisent. D’autres ont un comportement inverse, commençant
tranquillement avant d’augmenter le rapport. Pour cet essai, deux paires
de plaquettes rodées de manière identique ont été utilisées : l’une en
garnitures métalliques, l’autre en garnitures organiques. Le frein
propose des valeurs de puissance de freinage différentes, à l’attaque
puis à pleine puissance, selon la garniture utilisée, mais l’évolution
du comportement est similaire : « ça plante fort avant de se
stabiliser ».
il ne faut pas confondre « comportement » et « toucher » d’un frein. Ce
dernier définit comment on perçoit l’entrée en contact des plaquettes et
du disque. Suivant les caractéristiques de l’huile, la qualité des
durites, la présence de bulles d’air dans le circuit, la performance du
rattrapage de dilatation du liquide de frein, la déformation du levier
de frein et celle de l’étrier, il peut être plus ou moins « spongieux ».
Bêtises à ne pas faire
Choisir la plaquette qui ne correspond pas à son frein !
Chaque modèle d’étrier a besoin d’une plaquette dont la forme du
support et de la garniture est spécifique. Par exemple : une plaquette
destinée à un frein Formula ne s’adapte pas sur un frein Magura.
Rectifier la plaquette expose à de très gros risques : décollement de la
garniture, perte de la plaquette, endommagement de l’étrier. Mieux vaut
rapporter les plaquettes neuves à son magasin et demander un échange !
Changer une seule plaquette
Elles doivent s’user de manière identique. Si l’une est plus usée que
l’autre, il faut faire contrôler le frein pour prévenir d’un défaut de
fonctionnement, et changer les deux plaquettes. Sans ça, on risque de
perdre en puissance de freinage et d’endommager le disque !
Oublier de monter le ressort
La double fourche en acier qui écarte les plaquettes évite qu’elles
ne frottent sur le disque. En l’oubliant ou en ne la remplaçant pas en
cas de casse, on perd
en rendement, le bruit provoqué peut être désagréable et le frein peut
chauffer au point de ne plus freiner suffisamment au moment où l’on en
aura besoin !
Vouloir monter une plaquette métallique et une plaquette organique
En théorie, pas de gros soucis, certains pilotes le tentent
pour profiter de l’avantage des deux types de garnitures. Mais
attention, en mixant les garnitures, on risque de mixer les niveaux de
qualité. Si les plaquettes ne s’usent pas de la même manière, il faudra
être d’autant plus vigilant et organisé pour les changer ...
Oublier de remettre la vis de fixation des plaquettes !
Les conséquences peuvent être très graves : si les plaquettes
s’échappent, adieu les freins et bonjour l’arbre au bord du chemin ...
Pour être sûr qu’elle ne se dévisse pas, remets bien son clip !
Mettre de l’huile sur les plaquettes ou le disque
Une fois au contact d’un corps gras, ces deux éléments ne
fonctionnent plus. Le disque peut être récupéré en le nettoyant avec un
puissant dégraissant. Les plaquettes sont mortes : la structure poreuse
garniture ne perdra jamais tout ce qu’elle a absorbé. Alors, attention
lorsque tu joues avec ton aérosol ...
Les différents rodages possibles
Rodage à l’eau boueuse, sans charge : on ne s’explique pas exactement
pourquoi, mais la présence d’eau boueuse sur le disque et les
plaquettes a tendance à favoriser le rodage. L’attaque du freinage en
est décuplée. C’est la méthode utilisée notamment par les trialistes
pour roder leurs freins.
Rodage à sec, sans charge : il consiste à de brèves mais dynamiques
« lichettes » de frein répétées, à faible vitesse et sur sot plat. On en
répète en général entre 80 et 150 avant de sentir la puissance de
freinage se stabiliser. On favorise ainsi le mordant des plaquettes et
on obtient un frein à forte attaque à basse température.
Rodage à sec, sous charge : dans une pente légère, on profite de l’élan
pour réaliser des freinages plus longs et progressifs. On en répète
entre 10 et 30 avant de sentir la puissance de freinage se stabiliser.
On favorise là un mordant plus doux des plaquettes. À basse température,
le début du freinage est plus facile à doser, sans pour autant perdre
en puissance ensuite.
Rodages possibles suivant la garniture
| Types de Rodages |
A l’eau, sans charge |
A sec, sans charge |
A sec, sous charge |
| Métalliques |
Possible |
Possible |
Optimal |
| Organiques |
Possible |
Optimal |
A éviter (risque d’endommagement) |
Attention, certaines plaquettes dont les organiques (plus fragiles), ne supportent pas tous les types de rodages.
Quelles textures pour quelle pratique ?
Les plaquettes organiques offrent l’avantage d’être performantes dès
le début d freinage, à basse température. Certaines sont dotées d’une
température de « fading élevée et retrouvent bien leurs capacités après
la chauffe. On pourrait donc pet qu’il s’agit des plaquettes idéales.
Cependant, les meilleures plaquettes métallique offrent des puissances
de freinage plus importantes et ont une température de fadir légèrement
plus élevée.
On peut donc logiquement conseiller les premières pour une grande plage
d’utilisation allant du XC aux prémices de l’Enduro, tant que l’on reste
à des vitesses modérées et si des dénivelés relativement faibles (300m
de D- par descente). Au-delà, les enduristes compétiteurs et autres
accros du dénivelé négatif et de la vitesse opteront pour des garnitures
métalliques.
Zone d’utilisation de la garniture parmi les pratiques
| Pratiques |
DH |
Freeride |
Enduro |
All-Mtn |
Marathon |
XC |
| Métalliques |
+++ |
++ |
+ |
|
|
|
| Organiques |
+ |
++ |
+++ |
++++ |
+++++ |
++++++ |
Le layer
Lors du frottement de la plaquette sur le disque, ces deux éléments
ont des effets réciproques. l’état de surface de la garniture se modifie
(voir encadré "les différents types de rodages") en laissant un dépôt
de matière particulier, Elle forme en permanence un état de surface du
disque unique
C’est cet état que l’on appelle "layer" (calque en anglais). À toute
plaquette correspond un layer unique. C’est pour Cela que lorsque l’on
remplace un disque par un autre déjà utilisé avec les mêmes plaquettes
(en changeant de paire de roues par exemple), plaquettes pourtant
rodées, on a la sensation que le frein nécessite un nouveau rodage.
C’est pour cette raison également que pour cet essai (voir protocole),
nous avons attribué un disque à chaque paire de plaquettes.
Fading & Recover
Après une longue période sans freiner, on considère que l’étrier, les
plaquettes et le disque ont bien été ventilés et sont froids. Le début
du freinage suivant se déroule donc à basse température. Au fur et à
mesure du frottement des plaquettes sur le disque, la température
augmente. Si les freinages puissants se succèdent, la température peut
fortement augmenter jusqu’à ce qu’elle soit trop élevée pour la
plaquette. Son coefficient de friction va chuter. Le freinage perd une
partie de sa puissance. Ce phénomène est appelé « fading »
(évanouissement en anglais).
Si l’on arrête de freiner, la température va alors revenir dans une
plage de fonctionnement raisonnable. Certaines plaquettes retrouvent
alors toutes leurs capacités, d’autres en ont perdu une partie à jamais.
Cette faculté de la plaquette à récupérer ses capacités est appelé
« recover ».
Attention à ne pas confondre le phénomène de glaçage (modification
temporaire de l’état de surface d’une plaquette due à l’échauffement
rapide. État de surface qui devient temporairement lisse et peut
retrouver son état normal au papier de verre) et le phénomène de
fading/recover.
Tribologie
Le frottement, l’adhérence et l’usure sont trois phénomènes dont
l’étude constitue une science particulière : la tribologie. Ce terme est
issu des mots grecs tribein (frotter) et logos (étude). Elle vise à
caractériser les phénomènes susceptibles d’intervenir entre deux objets
matériels en contact, qu’ils soient immobiles ou animés d’un mouvement
relatif... Dans la vie de tous les jours, c’est le frottement qui permet
de tenir debout, d’appuyer une échelle sur un mur ou bien de lacer ses
chaussures !
Pourquoi Formula ?
Chez Formula, Arnaud Viac — le responsable France — est devenu un
spécialiste du développement des plaquettes et des phénomènes de fading
et recover (voir encadré à ce sujet). En effet, pour des raisons de
performance et de fiabilité, Formula prend le parti de concevoir des
produits dont les plaquettes
montreront leurs limites avant le frein. Milieu de gamme, le RX possède
un ratio hydraulique faible. En générant peu d’effort sur la plaquette,
il lui en demande plus en qualité de friction, pour freiner fort.
Partie 2
Source : VV N°229